
« Carpo » est le nom abrégé de Steinernema carpocapsae, l’un des nématodes vendus pour la lutte biologique. Contre les thrips, ces minuscules vers s’arrosent sur le terreau, où ils s’attaquent aux larves et aux nymphes cachées dans le substrat. Pour que le traitement fonctionne, il faut choisir la bonne espèce et respecter la dose, la température et les règles de conservation : voici comment les utiliser.
Ce que les nématodes font contre les thrips
Les thrips ne vivent pas seulement sur les feuilles. Chez certaines espèces, comme le thrips californien, les larves gagnent le terreau pour s’y transformer en nymphes. C’est là que les nématodes interviennent.
Une fois arrosés sur le substrat, ils entrent dans l’insecte par ses ouvertures naturelles (bouche, anus ou orifices respiratoires) et y libèrent une bactérie qui le tue en un à deux jours. Ils se multiplient ensuite dans son corps, puis une nouvelle génération en sort pour chercher d’autres proies.
Leur limite tient à leur terrain de chasse : ils n’atteignent que ce qui se trouve dans le terreau. Les adultes, qui volent, et les larves qui se nourrissent sur les feuilles leur échappent. En serre, on pulvérise parfois des nématodes sur le feuillage, mais il faut alors une humidité de l’air très élevée pendant plusieurs heures, sans quoi ils se dessèchent. Dans une maison, réservez-les au terreau et complétez le traitement par les gestes décrits plus bas.
Si vous avez un doute sur le ravageur, notre guide des nuisibles des plantes d’intérieur vous aide à reconnaître les thrips.
Carpo ou feltiae : quel nématode choisir contre les thrips ?
Les nématodes Carpo (Steinernema carpocapsae, souvent abrégé SC) chassent à l’affût : ils se dressent sur leur queue près de la surface du terreau et s’accrochent aux insectes qui passent. Ils sont surtout efficaces contre des insectes mobiles qui circulent en surface, comme les vers gris et d’autres chenilles, et c’est contre ce genre de ravageurs que les fiches techniques les recommandent.
Contre les larves et nymphes de thrips cachées dans le substrat, l’espèce de référence est une autre : Steinernema feltiae (SF). C’est elle que les fiches techniques désignent contre les nymphes de thrips, comme contre les larves de mouches du terreau. Elle a un autre atout en intérieur : elle reste active dans un terreau plus frais.
Si vous avez déjà des nématodes Carpo, le mode d’emploi qui suit reste valable : la dose, la préparation, l’arrosage et la conservation se font de la même façon pour les deux espèces, seule la température idéale change. Pour comparer les espèces et les ravageurs qu’elles visent, lisez notre article pour choisir le bon nématode.
Quand traiter, et à quelle température ?
Traitez dès que vous repérez des thrips, sans attendre que les feuilles soient abîmées. Une intervention précoce est la clé d’une victoire rapide sur les thrips et la meilleure façon de garantir la protection de vos magnifiques coffrets végétaux.
La température qui compte est celle du terreau, pas celle de l’air :
- Steinernema feltiae infecte ses proies dès 10 °C et travaille le mieux vers 15 à 20 °C ; au-delà de 26 °C environ, il perd en efficacité.
- Steinernema carpocapsae (Carpo) aime davantage la chaleur : il est le plus efficace entre 22 et 28 °C.
En intérieur, on peut donc traiter en toute saison. Évitez seulement les pots posés contre une vitre froide en hiver, où le terreau peut descendre sous ces températures, et traitez à l’abri du soleil direct, comme expliqué plus bas.
Quelle dose de nématodes ?
La dose se compte en nombre de nématodes par mètre carré de terreau. La règle générale est d’environ 250 000 nématodes par mètre carré ; suivez celle qui est indiquée sur votre sachet, qui peut être plus élevée.
Pour des pots, raisonnez en surface de terreau : un pot de 12 cm de diamètre en offre environ 0,01 m², un pot de 20 cm environ 0,03 m². À 250 000 nématodes par mètre carré, il en faut donc à peu près 3 000 pour le premier et 8 000 pour le second. Un sachet de plusieurs millions de nématodes suffit largement pour une collection : traitez toutes les plantes de la pièce, pas seulement celle où vous avez vu des thrips.
Préparer la solution
- La veille, arrosez vos plantes : les nématodes ne se déplacent que dans un terreau humide.
- Remplissez un arrosoir d’eau à température ambiante, ni froide ni chaude.
- Versez-y le contenu du sachet, avec la quantité d’eau indiquée sur l’emballage, et remuez jusqu’à ce que la poudre soit bien délayée.
- Utilisez la solution aussitôt : une fois dans l’eau, les nématodes ne se gardent pas.
L’arrosoir est l’outil le plus simple. Si vous préférez un pulvérisateur, retirez son filtre et choisissez une buse large : les nématodes ne passent pas par les orifices trop fins.
Arroser le substrat
- Versez la solution sur toute la surface du terreau de chaque pot.
- Faites-le le soir ou loin du soleil direct : les ultraviolets inactivent rapidement les nématodes.
- Juste après, puis pendant plusieurs jours, et si possible deux semaines, gardez le terreau légèrement humide, sans le détremper.
- Si des thrips réapparaissent, renouvelez l’application en suivant la notice du sachet.
Conserver les nématodes
Les nématodes sont vivants. Gardez le sachet fermé au réfrigérateur, vers 4 °C (entre 2 et 6 °C), à l’abri de la lumière et jamais au congélateur. Ils s’y conservent quelques mois : utilisez-les avant la date indiquée sur l’emballage, et de préférence dès réception.
Compléter le traitement
Comme les nématodes ne touchent que le terreau, associez-les à d’autres gestes :
- des pièges bleus anti-thrips, placés près des plantes, pour capturer les adultes qui volent ;
- un autre auxiliaire vendu contre les thrips, comme le sachet d’Amblyseius cucumeris ;
- une inspection régulière du revers des feuilles et des jeunes pousses, une loupe à la main ;
- une mise à l’écart des plantes qui viennent d’arriver, le temps de les surveiller.
Tous les moyens, de la détection aux auxiliaires, sont détaillés dans notre article sur la lutte biologique contre les thrips. Les nématodes, les pièges et les auxiliaires de la boutique sont réunis dans nos solutions de lutte biologique.


